Standby à La Cruz - Marine Saiah
        
Standby à La Cruz
Fin 2015 au Costa Rica, 6000 Cubains se retrouvent bloqués aux frontières du Nicaragua.  Ils sont stoppés sur leur route clandestine qui les dirige vers les Etats-Unis. Une crise migratoire en Amérique centrale, aussi inattendue que spectaculaire pour ce petit pays, qui pendant des mois nourrit et loge ces réfugiés.
Au Nord-Ouest, dernière ville avant la frontière "Peñas Blancas", la ville démunie de La Cruz, accueille d'urgence ces passagers qui arriveront chaque semaine jusqu'à début janvier (2016). La plupart sont installés par les autorités locales, et la Paroisse dans des camps de fortune comme les écoles inoccupées (vacances d'été), le préaux de la Paroisse, une partie de la maison des soeurs Franciscaines, le hall de musculation des pompiers... d'autres ont les moyens d'aller dans les hôtels touristiques ou encore chez les habitants et dans des locaux commerciaux inutilisés.  
De fin décembre à début janvier ils sont près de 2600 à La Cruz. Les derniers arrivants s'installent avec des tentes sur la place centrale de la ville.
La majeure partie d'entre eux a quitté Cuba vers l'Equateur (rare pays qui n'exigeait pas de visa jusqu'au 1er décembre2015). Puis ils ont commencé à remonter l'Amérique latine en passant par la Colombie, le Panama, le Costa Rica. Et certains qui ont fui quelques années plus tôt, vivaient et travaillaient en Amérique du Sud.
Les journées passent dans l'attente de rares nouvelles sur le déblocage de leur situation.
 
Les personnes que je rencontre et photographie, me racontent leurs voyages difficiles. Ils me parlent de ce qui les a poussé à partir : leur insatisfaction avec la situation économique et politique inchangée depuis plus d'un demi-siècle, le manque d'espoir face à un changement imminent et positif de la situation, l'envie de rejoindre leurs familles vivant aux Etats-Unis. Et surtout que suite à la reprise des relations politiques entre les deux pays, les cubains craignent ne plus pouvoir bénéficier d'un régime de faveur pour s'y installer (loi appelée "Cuban Ajustment Act").

De fin janvier à fin février, par petits groupes, les réfugiés ont pu enfin s'envoler, grâce à l'organisation politique du Costa Rica, mais à leurs propres frais, en passant par le Mexique vers leur destination finale. 
Les premiers cubains bloqués sont restés environ 3 mois à La Cruz.
Un homme m'a dit justement : "Nous ne sommes pas les premiers à partir, nous ne seront pas les derniers". 

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